Le poids et l’alimentation des jeunes : un bref portrait de la situation au Québec

La prévalence du surpoids chez les jeunes a augmenté en flèche au cours des dernières années. Bien que les causes soient diverses et complexes, on a tendance à considérer que c’est la transformation du mode de vie qui est en cause. Portrait de la situation nord-américaine.

Compte rendu de la présentation Le poids et l’alimentation des jeunes Québécois : s’alarmer ou se conformer?, dans le cadre du colloque Alimentation et santé des jeunes :connaissances et innovations pour lutter contre les tendances non désirées, tenu à Montréal les 3 et 4 octobre 2011.

Présentatrice : Lyne Mongeau, professeure adjointe de clinique à l’Université de Montréal et coordonnatrice du Plan d’action gouvernemental de promotion de saines habitudes de vie et de prévention des problèmes reliés au poids pour 2006-2012, Investir pour l’avenir, au sein du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec.

La hausse de l’embonpoint et de l’obésité chez les jeunes Québécois est-elle alarmante? Les données présentées par Lyne Mongeau permettent de prendre toute la mesure du problème.

Déjà un fardeau pour le système de santé, cet accroissement des problèmes de poids chez les jeunes aura vraisemblablement des conséquences encore plus importantes lorsque ceux-ci atteindront l’âge adulte, en augmentant leurs risques de maladies chroniques.

« L’obésité infantile accroît le risque d’obésité à l’âge adulte. On sait qu’une fois l’excès de poids établi, il est difficile de le perdre. Une bonne partie de ces jeunes n’y parviendra pas, d’où l’importance de la prévention. De plus, il ne faut pas oublier le fardeau psychosocial qui est associé au surpoids dans un monde qui valorise autant la minceur », souligne Lyne Mongeau.

1. Le surpoids des jeunes en chiffres1 au Québec, au Canada et aux États-Unis

·      Le taux de surpoids chez les enfants de 2 à 5 ans est plus bas aux États-Unis (16 %) qu’au Canada (21 %) et qu’au Québec (26 %).

·      La tendance se renverse chez les 6 à 11 ans : le surpoids atteint 30 % aux États-Unis, 26 % au Canada et 18 % au Québec.

·      Partout, le surpoids chez les 12 à 17 ans est à la hausse et atteint 32 % aux États-Unis, 29 % au Canada et 24 % au Québec.

Certains facteurs sociodémographiques2 semblent liés au poids : la scolarité du ménage, le revenu, le lieu de résidence (rural/urbain).

Pour le Canada, les taux combinés de surpoids et d’obésité ne sont pas différents dans les milieux à revenu faible ou élevé. C’est dans la classe moyenne que l’on retrouve le pourcentage le plus élevé d’excès de poids3.

Au Québec, par contre, ce sont les enfants provenant de famille à revenu élevé qui présentent le moins de problèmes de surpoids. Constat général : au-delà des différences entre les pays, pratiquement le quart des enfants présente maintenant un problème de surpoids. « Il y a 25 ans, le surpoids chez les enfants était pratiquement absent », indique Lyne Mongeau.

2. La préoccupation excessive à l’égard du poids

·      De 35 % à 42 % des jeunes expriment un désir de maigrir dès l’âge de 13 ans, selon des études3 menées aux États-Unis, au Canada et au Québec.

·      Cette proportion augmente avec l’âge : à 15 ans, plus de 55 % des jeunes aux États-Unis souhaitent maigrir, contre 44 % au Canada. Au Québec, 37 % des jeunes de 16 ans aimeraient aussi perdre du poids.

·      Même s’ils ont un poids normal, environ 30 % des jeunes sont insatisfaits de leur poids et de leur image corporelle.

Un facteur de surpoids

Les personnes qui se perçoivent trop grosses essaient souvent différents moyens pour maigrir, qui peuvent être inappropriés et même dangereux. Au final, elles reprennent fréquemment plus que leur poids initial. Cela contribue, dans une certaine mesure, à l’épidémie d’obésité. « Comme société, on n’a jamais été aussi gros et, en même temps, on n’a jamais autant essayé d’être minces. Cela nous montre une autre dimension de la complexité du problème », observe Lyne Mongeau.

3. La consommation alimentaire

·      Il y a une association significative entre une consommation quotidienne de fruits et légumes et le poids. Au Canada, plus du quart des jeunes de 2 à 17 ans qui consomment moins de 5 portions par jour a un excès de poids. Chez ceux qui en consomment 5 et plus, cette proportion est plutôt de 1 sur 5.

·      Les boissons gazeuses sont très populaires chez les 14 à 18 ans. Un peu plus de 40 % des jeunes disent en boire quotidiennement. Aux États-Unis, ce pourcentage est encore plus élevé4, soit environ 68 %.

·      La consommation d’aliments provenant de la restauration rapide est courante chez tous les groupes d’âge et la proportion augmente avec l’âge. Ainsi, lors d’une enquête, près de 20 % des enfants canadiens de 4 à 8 ans en avaient mangé la veille, contre environ 12 % au Québec. Chez les 9 à 13 ans, au Canada, c’est plus de 1 enfant sur 5 qui avait fait de même, contre 16 % au Québec. Sans surprise, les 14 à 18 ans en sont les plus grands consommateurs : près de 35 % dans tout le pays, contre 28 % au Québec.

« De façon générale, les jeunes qui s’alimentent régulièrement de restauration rapide consomment plus de calories, ont un apport plus élevé en gras et en gras saturés, et ont un moins bon apport en calcium. C’est, en quelque sorte, un indicateur de la qualité de l’alimentation. Quant aux boissons gazeuses, c’est devenu une normalité d’en boire fréquemment. Or, une majorité d’études ont trouvé un lien entre leur consommation et le surpoids », note Lyne Mongeau.

4. La sédentarité : des chiffres à la hausse5

·      Au Canada et aux États-Unis, les jeunes de 6 à 19 ans consacrent environ 6 heures et plus par jour à des activités sédentaires (télévision, jeux vidéo, ordinateur).

·      De façon générale, on ne voit pas de différence entre les jeunes de poids normal et ceux en surpoids relativement au nombre d’heures d’activités sédentaires par jour.

·      Paradoxalement, des données canadiennes de 2004 indiquent une relation entre les activités sédentaires et le poids. À 10 heures et moins par semaine d’activités sédentaires, le taux de surpoids des 12 à 17 ans est d’environ 23 %. De 10 à 20 heures, il passe à environ 29 %. De 21 à 30 heures, il dépasse les 30 %. Finalement, il atteint 35 % à 30 heures et plus. À titre explicatif, cette différence de résultats pourrait avoir été introduite par la méthode de collecte des données. Mais il est aussi possible que le temps passé devant un écran de télé soit plus dommageable que le temps passé devant un autre type d’écran, à cause de l’incitation à manger suscitée par la publicité alimentaire.

La sédentarité augmente avec l’âge

·      Chez les 6 à 10 ans, au Canada, 7,4 heures sont allouées quotidiennement à des activités sédentaires, contre 6,1 aux États-Unis.

·      Chez les 11 à 14 ans, le total grimpe à un peu plus de 8,8 heures au Canada, contre 7,5 aux États-Unis

·      Les jeunes de 15 à 19 ans y consacrent 9,5 heures au Canada, contre 8 heures de l’autre côté de la frontière.

5. Les habiletés culinaires des jeunes6

Grâce au projet « Tout le monde à table », on a pu observer à quelles tâches les jeunes de 2 à 12 ans du Québec participent à la maison. Leurs réponses indiquent que :

·      67 % cuisinent;

·      33 % font l’épicerie;

·      38 % mettent la table;

·      6 % nettoient la table;

·      13 % lavent la vaisselle;

·      34 % participent à la préparation des aliments;

·      1 % fait le service;

·      7 % ne font aucune tâche.

·      Les enfants ont envie de cuisiner : 79 % disent qu’ils aimeraient le faire plus souvent. Une grande proportion (56 %) dit ne pas cuisiner régulièrement avec leurs parents.

·      Intérêt pour cuisiner à la baisse. Lorsqu’ils n’ont pas la chance de mettre la main à la pâte, les jeunes disent perdre l’intérêt pour la cuisine. Cet intérêt diminuerait vers 8 ans.

·      Les filles cuisinent davantage : 49 % contre 39 % pour les garçons. Elles sont aussi plus nombreuses à dire qu’elles aimeraient cuisiner davantage : 84 % contre 74 % chez les garçons.

6. Quelles solutions pour l’avenir?

Devant ces constats, Lyne Mongeau affirme qu’il faudra répéter les messages pour :

·      augmenter la consommation de fruits et de légumes;

·      améliorer les compétences culinaires;

·      améliorer les choix faits dans les restos à service rapide, notamment en diminuant les boissons sucrées;

·      diminuer le temps passé dans les activités sédentaires.

Cependant, répéter le message n’est pas suffisant. Des changements devront impérativement être apportés à l’environnement des jeunes. Par exemple, il faudra s’assurer que les aliments nutritifs sont accessibles physiquement et économiquement dans la vie de l’ensemble des jeunes, qu’ils soient appétissants, « cool » et qu’ils goûtent bons!

Cela passe, entre autres, en instaurant des politiques alimentaires. « Ces politiques sont un instrument efficace pour améliorer l’alimentation de la population. Le Québec a déjà fait plusieurs efforts en ce sens pour encadrer certains milieux institutionnels, comme les écoles et les services de santé. Mais il doit continuer à le faire. Peut-être pourrions-nous, à court terme, viser aussi les services de garde », suggère Lyne Mongeau.

Claudia Morissette pour Québec en forme

Ce reportage a été rendu possible grâce à Québec en Forme avec la collaboration del’ITHQ.

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Pour en savoir davantage

Le poids et l'alimentation des jeunes

Plan d’action gouvernemental – Investir pour l’avenir

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1. Les enquêtes ont été réalisées en 2004 pour le Québec et le Canada, et entre 1999 et 2002 pour les États-Unis. Toutes ont utilisé des données mesurées.

2. La scolarité est déterminée par le plus haut diplôme obtenu par l’un des parents. Quant au lieu de résidence, urbain ou rural, il n’y a pas de différence significative au Québec concernant la prévalence de problèmes de poids chez les jeunes (2 à 17 ans). Ce n’est pas le cas chez les adultes cependant. En ville, où l’on dépend moins de l’automobile pour ses déplacements, les problèmes de poids sont moins nombreux.

3. Il y a l’embonpoint (IMC de 25 à 30 chez l’adulte et les valeurs correspondantes selon l’âge et le sexe chez les jeunes) et l’obésité (égal ou supérieur à 30). L’excès de poids ou le surplus de poids est l’addition des 2, donc tous ceux qui sont au-dessus d’un poids normal.

4. Les études ont été menées en 2001 et 2002 au Canada et aux États-Unis, et en 1999 au Québec.

5. La définition de la catégorie « boissons gazeuses » est plus large aux États-Unis qu’au Canada. Ils s’y retrouvent donc une plus grande variété de boissons, ce qui peut en partie expliquer la différence entre les pourcentages. Par ailleurs, les données ont été récoltées entre 1994 et 1998.

6. Les données ont été recueillies grâce à un accéléromètre. Il s’agit d’un capteur porté par la personne qui enregistre l’activité physique quotidienne réelle. Les données canadiennes ont été recueillies en 2007-2009 et celles des États-Unis en 2003-2004.

7. Les données proviennent du projet « Tout le monde à table » (2010-2011), pour lequel 5000 jeunes ont été interrogés sur leurs habiletés et habitudes en cuisine.

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