Une mauvaise alimentation prédispose les jeunes à des risques réels : carences, obésité, diabète de type 2, etc. Deux pistes de solutions à l'étude : des mets rassasiants et l'autonomie des choix alimentaires.
Compte rendu de la présentation Impacts physiologiques : à quoi prédispose une mauvaise alimentation chez les jeunes?, dans le cadre du colloque Alimentation et santé chez les jeunes : connaissances et innovations pour lutter contre les tendances non désirées, tenu à l’ITHQ à Montréal les 3 et 4 octobre dernier.
Présentatrice : Vicky Drapeau, nutritionniste, chercheuse et professeure adjointe au Département d’éducation physique de l’Université Laval à Québec.
1. Mauvaise alimentation : la situation
Les habitudes alimentaires des jeunes les amènent souvent à manger trop peu de certains groupes alimentaires ou de certains nutriments et, inversement, à en manger d’autres de façon excessive.
« Les apports insuffisants concernent essentiellement les fruits et légumes, les produits laitiers et le calcium de même que les fibres. On peut aussi souligner que les jeunes ont tendance à négliger le petit-déjeuner. À l’opposé, leur alimentation présente souvent trop de sodium et de gras saturés provenant de plats préparés et de la restauration rapide », expose Vicky Drapeau.
2. Mauvaise alimentation : les conséquences sur la santé physique et mentale
Les jeunes augmentent grandement leurs risques de souffrir non seulement de carences nutritionnelles, mais aussi :
- de retard de croissance;
- de troubles de développement cognitif et comportemental;
- de carie dentaire;
- d’obésité;
- et de maladies chroniques.
3. Quelques effets d’une mauvaise alimentation
Carence en calcium et IMC. « Prenons le calcium. On sait qu’il a une influence certaine sur la croissance osseuse. Or, de plus en plus d’études démontrent qu’il a aussi un lien avec le poids et l’indice de masse corporelle (IMC). Ce qui veut dire que les jeunes ne consommant pas assez de calcium présenteraient aussi un pourcentage de gras plus élevé. Un apport insuffisant en calcium affecterait aussi le contrôle de l’appétit et donc inciterait à manger davantage », illustre la chercheuse.
Performances scolaires plus faibles
Plusieurs études de cohortes ont démontré des liens entre certains types ou modèles d’alimentation et des effets physiologiques. Entre autres, une alimentation pauvre en fruits et légumes et en produits laitiers, mais comportant une forte proportion d’aliments camelotes est associée à des performances scolaires plus faibles. « On peut penser qu’une telle alimentation, sans être une relation de cause à effet, peut influencer le développement cognitif et donc nuire aux performances scolaires », poursuit-elle.
Surpoids et obésité : des problèmes à court et à long terme
Une alimentation comprenant surtout des produits céréaliers raffinés – faibles en fibres et en grains entiers -, comme le pain blanc, ou contenant beaucoup d’aliments ayant un index glycémique élevé (riz blanc, pâtisseries, boissons sucrées, etc.) est fortement associée à des problèmes physiologiques comme l’obésité et le diabète de type 2.
L’obésité, même chez les jeunes, prédispose à de nombreux problèmes physiologiques, dont des problèmes pulmonaires (asthme, intolérance à l’effort), gastro-intestinaux, rénaux, musculosquelettiques, endocriniens, hormonaux, cardiovasculaires (hypertension artérielle) et neurologiques. Sans oublier les conséquences psychosociales, comme une faible estime de soi, une augmentation des symptômes de dépression et des problèmes de comportements alimentaires.
« Une alimentation inadéquate les expose à un type d’obésité encore plus nocif pour la santé, c'est-à-dire l’obésité abdominale que l’on appelle aussi syndrome métabolique. Il y a quelques années, ce problème touchait surtout les adultes. Maintenant, on le rencontre de plus en plus chez les jeunes, même aussi petits que 5 ou 6 ans », souligne Vicky Drapeau.
Le syndrome métabolique
- tour de taille élevé
- taux élevé de glucose (sucre) dans le sang
- tension artérielle élevée
- profil lipidique altéré
Il est notamment associé à l’augmentation des risques de diabète de type 2. Une étude publiée en 2010 fait état d’une prévalence mondiale de 10 % des jeunes avec un syndrome métabolique. Ceux ayant un surplus de poids ont 15 fois plus de risques d’en souffrir.
Concrètement, il y a maintenant des enfants qui souffrent de surpoids plus jeunes et qui sont exposés à ces facteurs de risque plus tôt dans leur vie. « Des experts ont estimé que ces jeunes constituent la première génération qui aurait une espérance de vie moins grande que la génération de leurs parents. On estime même que l’espérance de vie des gens de la prochaine génération sera diminuée de 2 à 5 ans par rapport à leurs parents. Or, l’adoption de meilleures habitudes de vie, dont de meilleures habitudes alimentaires, pourrait renverser cette tendance; en partie du moins », assure la chercheuse.
4. Pistes de solution : menus rassasiants et autonomie des choix alimentaires
Vicky Drapeau a exploré deux pistes de solutions : la mise au point de mets rassasiants et le développement de l’autonomie des jeunes vis-à-vis de leurs choix alimentaires.
Des mets rassasiants : « pâtes à la carbonara » contre « sauté de poulet »
Les mets rassasiants regroupent une gamme de nutriments qui ont le potentiel d’augmenter la satiété ou de diminuer la prise alimentaire, du moins à court terme, à l’intérieur d’un même repas (par exemple : protéines, fibres, calcium, etc.).
L’équipe de Vicky Drapeau a demandé à un groupe de personnes de « tester » deux mets : un plat traditionnel de pâtes à la carbonara et un mets rassasiant, soit un sauté de poulet, tous deux ayant le même nombre de calories, c'est-à-dire 500 calories. Lorsque l’on a fait le bilan de la journée, le plat rassasiant a eu un effet positif en limitant naturellement la prise alimentaire totale, sans avoir eu recours à la restriction.
Un jeu incitatif pour faire de bons choix alimentaires : le Nutriathlon en milieu scolaire
Il s’agit d’un grand jeu basé sur des défis individuels et en équipe qui vise à augmenter la consommation des groupes alimentaires les plus boudés par les jeunes (fruits et légumes, produits laitiers), à introduire plus de variété dans leur alimentation et à développer leur autonomie quant à leurs choix alimentaires. L’objectif : inciter les jeunes à modifier leurs habitudes alimentaires sur une période de 8 semaines. L’équipe de Vicky Drapeau évalue actuellement l’efficacité de cette activité.
Ce reportage a été rendu possible grâce à Québec en Forme avec la collaboration de l’ITHQ
Par Claudia Morissette pour Québec en Forme
Pour en savoir davantage :
Sur Vicky Drapeau
Sur le Nutriathlon :
- Influence du programme Nutriathlon sur la consommation de légumes et de fruits, et de produits laitiers chez les élèves du primaire
- Le Nutriathlon en équipe
Sur la présentation :






J’ai trouvé cet article très intéressant et il devait être très enrichissant d’assister à ce colloque!
Bien qu’on reconnaisse de plus en plus l’importance du rôle d’une saine alimentation pour la réussite éducative de nos jeunes au Québec, les données scientifiques démontrant les véritables effets de l’alimentation sur le développement cognitif n’abondent pas et sont même encore rares.
Toutefois, il est vrai que certains chercheurs commencent à s’intéresser depuis peu aux liens pouvant exister entre développement cognitif et habitudes de vie. D’ailleurs, de récents constats pourraient nous pousser à croire davantage que l’adoption de certaines mauvaises habitudes alimentaires et de vie jouent un rôle négatif sur les performances scolaires de nos jeunes. En effet, une étude menée par des chercheurs du centre Baycrest à Toronto en collaboration avec les universités de Montréal, Sherbrooke et McGill vient tout juste de démontrer qu’un régime alimentaire trop riche en sodium combiné à un mode de vie sédentaire accélère le déclin cognitif. Bien sûr, cette étude a été menée auprès d’adultes. Cependant, sachant que de telles habitudes de vie contribuent à un déclin cognitif chez ceux-ci, serait-il pertinent de croire que de telles habitudes de vie chez les plus jeunes puissent aussi nuire à leur développement cognitif.
Finalement, lorsqu’on sait que près de 80% du sodium consommé par les Québécois provient des produits transformés offert par l’industrie alimentaire, voilà encore une bonne raison de maintenir cette urgence d’agir au niveau des changements à apporter à nos façons de vivre. Non seulement les individus devront adopter de nouveaux comportements alimentaires, mais les industries doivent également mettre de l’avant des efforts beaucoup plus massifs et intensifs pour offrir des produits réduits en sodium.
Sur ce, ne nous décourageons surtout pas et poursuivons la promotion de la saine alimentation et d’un mode de vie actif chez nos jeunes québécois afin qu’il puissent se développer pleinement!!!
Ce blogue fontionne-t-il?
Oui
Ha OK! Parfait!!! C’est que j’en étais à une première expérience en tant que blogueur et je ne comprennais pas trop le concept de « modération »…
Merci Fred!
Merci beaucoup pour le commentaire, très intéressant
Bonjour, en réponse à Simon, voici une étude qui suggèrent des résultats plus «directs» du lien entre l’alimentation et la capacité d’attention à l’école.(réussite scolaire c’est fort…): http://www.nature.com/ejcn/journal/v65/n1/full/ejcn2010227a.html
Lyne